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Bitcoin en trésorerie : une perte provisionnée, un gain différé

Finyear relance la question du bitcoin en trésorerie. Le règlement ANC 2026-01 dit comment il sera comptabilisé, et ce traitement pèse sur la décision.

28 octobre 2026 · 3 min de lecture

La question revient dans les comités de trésorerie : faut-il placer une partie des excédents en bitcoin ? Finyear a publié le 26 octobre 2026 un texte qui y répond par la négative pour l'essentiel de la trésorerie, et par un « peut-être » pour une petite partie.

Ce texte relaie le point de vue de Coinhouse, plateforme française de crypto-actifs qui vend ses services aux entreprises, et cite son dirigeant, Nicolas Louvet. Il faut le lire comme tel : un argumentaire de prestataire, prudent sur la forme, mais qui défend un usage.

Ce que dit l'article

L'argument d'ouverture est l'adoption par des sociétés cotées. Selon S&P Global, cité par l'article, plus de 100 entreprises cotées détiennent du bitcoin, pour plus d'un million d'unités au total. Le texte ne précise ni leur taille, ni leur secteur, ni la part de leur trésorerie concernée.

L'article reconnaît ensuite les limites de l'actif. Le bitcoin « n'a pas vocation à remplacer le compte bancaire, les produits monétaires ou les obligations ». Il « n'offre pas de rendement contractuel et sa valeur peut fortement fluctuer ».

La méthode proposée est classique. Elle consiste à découper la trésorerie en trois poches : les liquidités d'exploitation, les excédents à court ou moyen terme, et une trésorerie « véritablement excédentaire, avec un horizon beaucoup plus long ». Seule cette dernière pourrait accueillir un actif volatil.

Un cadre comptable qui change en 2027

L'article de Finyear n'aborde pas la comptabilisation. C'est pourtant ce qui changera la lecture de vos comptes. L'Autorité des normes comptables a adopté le règlement n° 2026-01 du 9 janvier 2026, qui réécrit les règles applicables aux crypto-actifs en normes françaises.

Selon son article 9, il s'applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2027. Une application anticipée est possible sur l'exercice en cours à la date de sa publication au Journal officiel.

Le classement dépend de l'intention. Un crypto-actif acquis pour utiliser les droits qui y sont attachés dans l'activité va en immobilisation, en stock ou en charge constatée d'avance. Un bitcoin acheté comme placement, ou sans intention d'usage déterminée, va au compte 522 « crypto-actifs et assimilés détenus » (article 619-10).

Une asymétrie à anticiper dans le résultat

Les actifs du compte 522 sont évalués à leur valeur vénale à chaque clôture (article 619-12). Les écarts ne passent pas directement en résultat : ils sont inscrits dans des comptes transitoires, à l'actif pour une perte latente, au passif pour un gain latent.

La suite n'est pas symétrique. En cas de perte latente, une provision pour risque est constituée, donc une charge. Le gain latent, lui, reste au passif du bilan et n'apparaît pas dans le résultat de l'exercice.

Concrètement, une année de baisse pèse sur votre résultat, et une année de hausse ne le relève pas tant que les unités ne sont pas cédées. Votre budget et vos covenants bancaires construits sur le résultat doivent en tenir compte.

Les frais d'acquisition sont passés en charges selon leur nature (article 619-10). Les résultats de cession sont calculés selon la méthode du premier entré, premier sorti, ou du coût moyen pondéré pour les actifs fongibles.

Ce que l'annexe devra montrer

Le règlement ajoute des informations en annexe. Le détenteur indique le nombre et le montant des crypto-actifs détenus, et précise comment leur valeur vénale est déterminée : plateformes ou sources de données utilisées, horaire de valorisation.

Il doit aussi indiquer la méthode retenue pour les cessions et motiver les transferts entre catégories. Ces choix se documentent au moment de l'achat, pas au moment de la clôture.

Ce que cela change pour vous

Avant même de parler de rendement, la question posée par Finyear se double d'une question de présentation. Quelle volatilité de résultat votre actionnaire et vos banques acceptent-ils, sachant que les baisses seront visibles et les hausses différées ?

La politique de placement validée par votre conseil d'administration ou vos associés est le bon endroit pour trancher. Elle peut fixer le plafond de la poche longue, la source de prix retenue à la clôture et l'intention de détention, qui commande le compte utilisé.

Enfin, parlez-en tôt à votre commissaire aux comptes. Le classement au compte 522 ou en immobilisation dépend d'une intention qu'il faudra pouvoir justifier, et un crypto-actif inscrit en immobilisation, en stock ou en charge constatée d'avance ne peut plus être reclassé au compte 522 (article 619-11).

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