Trésorerie des ETI : les délais clients au plus haut depuis 2020
L'enquête AFTE, Rexecode et METI d'octobre 2026 montre une trésorerie qui se tend : délais clients qui s'allongent, énergie plus chère, euro plus faible.
Le mois de septembre avait laissé aux trésoriers des grandes entreprises et des ETI leur meilleure impression depuis trois ans. Octobre efface ce gain. L'enquête mensuelle menée par l'AFTE, Rexecode et le METI, publiée par Rexecode le 20 octobre 2026, décrit une nette dégradation, dans un contexte international jugé très défavorable.
DAF Magazine a repris ces résultats le lendemain et précise que le terrain s'est déroulé du 7 au 15 octobre. L'enquête s'exprime en soldes d'opinions : l'écart entre les trésoriers qui constatent une amélioration et ceux qui constatent une dégradation.
Une trésorerie qui se replie en un mois
Le solde de la trésorerie globale tombe à -11,5, en recul de 24 points sur un mois. C'est son plus bas niveau depuis un an. Rexecode souligne que les bons résultats financiers du deuxième trimestre n'ont pas suffi à compenser la dégradation de l'environnement.
La trésorerie d'exploitation recule moins fort, à -4,5, soit 1,2 point de moins qu'en septembre. Ce repli interrompt une amélioration engagée depuis un an. Les trésoriers sont 12 % à la juger aisée, 64 % normale et 24 % difficile.
Les clients paient plus tard, les fournisseurs à peine moins
Le chiffre le plus parlant concerne les délais clients. Leur solde monte à +30, en hausse de 9 points, son plus haut niveau depuis la crise sanitaire de 2020. Un trésorier sur trois, 34 %, constate un allongement, contre 4 % un raccourcissement.
Côté fournisseurs, le solde passe de -2 en septembre à +3 en octobre : 12 % des répondants voient leurs délais s'allonger, 9 % les voient se raccourcir, 80 % les jugent stables. Le mouvement est bien plus modéré que côté clients. DAF Magazine relève que l'écart entre les deux tend à se creuser, ce qui tend les flux quand il faut payer avant d'encaisser.
Ce que cela change dépend de votre position. Si vos clients sont de grandes entreprises ou des ETI, l'allongement qu'elles subissent de leurs propres clients est un signal à surveiller dans votre balance âgée. Si vous êtes vous-même une ETI, votre besoin en fonds de roulement grossit avec les créances clients, à activité égale.
Énergie et change pèsent aussi
Parmi les entreprises exposées aux matières premières, 76 % estiment que les prix actuels pèsent sur leur trésorerie. Rexecode rappelle qu'à la mi-octobre, le Brent dépassait 106 dollars le baril et le gaz TTF approchait 88 € le MWh, contre 80 € en septembre. Les entreprises fortement consommatrices d'énergie sont les plus exposées.
Le change joue dans les deux sens. L'euro, resté autour de 1,16 dollar pendant un an, oscille autour de 1,12 dollar depuis début octobre, son plus bas niveau depuis mai 2025. La moitié des trésoriers y voient un effet négatif, 35 % un effet positif : tout dépend du poids des recettes en dollars face aux dépenses dans cette devise.
La position nette en dollars des prochains mois mérite donc d'être recalculée. Un fournisseur payé en dollars et un client facturé en euros ne se compensent pas, et une couverture décidée au printemps peut ne plus correspondre aux volumes du budget 2027.
Le financement reste accessible, mais plus cher
Le financement bancaire reste la voie privilégiée pour 80 % des trésoriers. Ils sont 14 % à juger l'accès au crédit facile et 10 % à signaler des difficultés. En revanche, 71 % constatent une hausse des taux auxquels ils se financent, une proportion en recul de 8 points depuis septembre.
La facture électronique n'a pas encore joué
Le focus du mois porte sur la facturation électronique, obligatoire en émission depuis le 1er septembre pour les grandes entreprises et les ETI. Six semaines après, près des deux tiers des trésoriers jugent trop tôt pour en mesurer l'effet sur leurs délais clients.
Sur la visibilité des encaissements, 67 % ne constatent aucun effet, 8 % un effet négatif, et près d'un quart attendent une amélioration dans les prochains mois. La réforme ne raccourcira donc pas d'elle-même les délais qui s'allongent cet automne.
En pratique, le levier reste la relance. Une facture qui arrive plus vite chez le client ne sert que si quelqu'un vérifie, dès l'échéance, qu'elle a été réglée, et documente le retard dans le cas contraire.