La Lettre du DAF

Le carnet des directions financières de PME et d'ETI

Facture électronique : ce que montre le premier mois d'émission

Pic de fin de mois, rejets, statuts de paiement encore rares : les premières données d'émission de septembre 2026, et ce qu'elles préparent pour les PME.

20 octobre 2026 · 3 min de lecture

Depuis le 1er septembre 2026, toutes les entreprises doivent pouvoir recevoir des factures électroniques, et les grandes entreprises et les ETI doivent en émettre. Les PME et les microentreprises entreront dans l'obligation d'émission au 1er septembre 2027 (Entreprendre Service Public). Un mois après le démarrage, les premières données d'usage commencent à paraître.

DAF Magazine a publié le 20 octobre une analyse des flux traités en septembre par Agicap, l'une des plateformes agréées (DAF Magazine). Les chiffres portent sur une seule plateforme, du 1er au 30 septembre, et ne décrivent donc pas l'ensemble du marché. Ils donnent toutefois une première mesure de ce que la réforme change dans le cycle de facturation.

La fin de mois concentre la moitié des volumes

Selon ces données, 53 % des factures émises en septembre l'ont été au cours des dix derniers jours du mois. La plateforme a aussi vu ses volumes émis tripler entre la première et la quatrième semaine.

La concentration n'a rien de nouveau : la facturation suit le calendrier de la clôture. Ce qui change, c'est que chaque facture passe désormais par une chaîne technique, de l'ERP à la plateforme puis au client, qui doit tenir la charge précisément au moment où la clôture mobilise les équipes. Une défaillance dans cette chaîne retarde l'émission, puis l'encaissement.

Sept factures sur dix partent de l'ERP

Sept factures sur dix sont transmises sous forme de données depuis l'ERP, la plateforme se chargeant de produire le format conforme. Dans le détail, 69 % passent par un format pivot, 24 % au format Factur-X, 4 % en CII et 3 % en UBL.

Le taux de non-conformité atteint 4,7 % sur le mois, et redescend autour de 2 % une fois l'intégration stabilisée, quelques mises en production atypiques ayant tiré la moyenne vers le haut. Les erreurs relevées tiennent surtout à des adresses de facturation électronique de clients non vérifiées ou à des logiciels de facturation pas à jour. La réforme se révèle ainsi, d'abord, un sujet de données de référence.

Une facture sur quarante refusée

Les acheteurs ont refusé 2,4 % des factures émises en septembre, soit environ une sur quarante. Chaque refus impose une réémission et décale l'encaissement attendu. Pour un DAF, la qualité de la facturation devient une variable de trésorerie : un taux de rejet élevé allonge mécaniquement le délai d'encaissement, sans que le client ait changé ses habitudes de paiement.

Les statuts de paiement circulent encore peu

La réforme prévoit des statuts de cycle de vie, qui permettent de suivre le traitement d'une facture chez le client. En septembre, 47 % des factures émises portaient un statut « pris en charge » par l'acheteur, 2 % un statut « approuvé » et 0,1 % un statut « paiement transmis ».

C'est pourtant de ces statuts que dépend l'usage de la facture comme information de trésorerie. Tant que les statuts d'approbation et de paiement restent rares, la facture électronique sécurise la conformité sans encore fournir le signal de trésorerie qu'elle promet : savoir, facture par facture, où en est le client.

Ce que cela prépare pour les PME

Les données confirment ce que relevait déjà DAF Magazine le 12 octobre : au-delà de la plateforme et du paramétrage, les premières difficultés tiennent à l'appropriation des outils par les équipes et aux circuits de validation, que la dématérialisation rend plus formels. Le même article rapportait que, selon le ministre de l'Action et des Comptes publics, 70 % des quatre millions d'entreprises déclarantes à la TVA avaient déjà désigné leur solution de réception, annonce faite au congrès de l'Ordre des experts-comptables tenu du 16 au 18 septembre (DAF Magazine). Il signalait aussi qu'un grand donneur d'ordre peut demander à ses fournisseurs de passer à l'émission électronique avant leur propre échéance.

Pour une PME, l'échéance de septembre 2027 laisse onze mois. Les premiers retours désignent les chantiers qui prennent du temps : l'intégration de l'ERP, la fiabilisation des données clients, et des essais en conditions réelles, notamment lors d'une clôture mensuelle. Une PME qui teste ses flux pendant l'année 2027 aborde l'échéance avec des anomalies déjà connues ; une PME qui attend l'été les découvrira au moment d'émettre, c'est-à-dire au moment d'encaisser.

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